La création des étoiles et de la lune

Pour une grande partie du monde antique, le soleil et la lune n'étaient pas des choses que Dieu avait faites — ils étaient des dieux eux-mêmes, avec des noms, des temples et des prêtrises. Aussi, lorsque l'auteur de la Genèse en arrive au quatrième jour de la création et doit décrire comment le ciel s'est rempli de lumière, il fait un choix qui aurait surpris ses premiers lecteurs : il n'emploie jamais les mots « soleil » ou « lune ».
The Creation of the Stars and Moon
Aimeriez-vous que le quatrième jour de la création veille discrètement sur votre foyer ? The Creation of the Stars and Moon

« Qu'il y ait des luminaires » — mais pas « le soleil » et « la lune »

Au quatrième jour, le monde que décrit la Genèse possède déjà la lumière et les ténèbres, le ciel et la mer, la terre ferme et la végétation. Dieu tourne alors son attention vers le ciel lui-même : "Qu'il y ait des luminaires au firmament du ciel pour séparer le jour et la nuit; qu'ils servent de signes, tant pour les fêtes que pour les jours et les années; qu'ils soient des luminaires au firmament du ciel pour éclairer la terre" (Genèse 1,14-15). Puis vient le détail qui retient l'attention des lecteurs depuis des siècles : "Dieu fit les deux luminaires majeurs: le grand luminaire comme puissance du jour et le petit luminaire comme puissance de la nuit, et les étoiles" (Bible de Jérusalem, Genèse 1,16).

Dieu créant le soleil, la lune et les étoiles, fresque de Michel-Ange sur le plafond de la chapelle Sixtine

Michel-Ange, « Création du Soleil, de la Lune et des plantes », 1511, plafond de la chapelle Sixtine, Vatican — domaine public.

Remarquez ce qui manque. L'hébreu possède des mots parfaitement adaptés pour "soleil" (shemesh) et "lune" (yareach), et l'auteur de la Genèse les connaissait bien — ils apparaissent ailleurs dans l'Ancien Testament sans la moindre hésitation. Ici, pourtant, le texte les appelle seulement "le grand luminaire" et "le petit luminaire". Ce n'est pas un hasard de style poétique. C'est, de l'avis de la plupart des exégètes, un argument discret mais délibéré.

Un monde qui adorait le ciel

Pour un public israélite vivant dans l'ombre de l'Égypte, de Babylone et de Canaan, le soleil et la lune n'étaient pas de simples éléments de décor. C'étaient des dieux, avec des noms, des temples et des calendriers bâtis autour d'eux — Shamash, le dieu solaire mésopotamien, Sin, le dieu lunaire, et tout un culte astral qui lisait dans les mouvements du soleil, de la lune et des étoiles des messages du monde divin. Genèse 1 fut écrit au sein de ce monde-là, et son silence est éloquent : le "grand luminaire" et le "petit luminaire" ne sont pas nommés, car les nommer leur aurait conféré un statut que la Genèse refuse de leur accorder. Ce sont des objets, mis en place, remplissant une fonction. Le verset 16 le dit directement : Dieu les "fit", le même verbe ordinaire employé pour le firmament du ciel et la terre ferme les jours précédents.

On appelle parfois ce geste une démythologisation : prendre les forces les plus puissantes et les plus vénérées du ciel antique et les reclasser tranquillement au rang de créatures. Elles ne gouvernent pas le temps de leur propre autorité ; on leur a confié la tâche de gouverner le jour et la nuit, les saisons et les années, par quelqu'un d'autre. Les étoiles, elles aussi, se retrouvent intégrées à la même phrase presque comme un ajout tardif — "et les étoiles" — un traitement étonnamment modeste pour des objets autour desquels des civilisations entières ont bâti leurs calendriers religieux.

Des luminaires pour mesurer le temps, non des puissances à redouter

Le langage pratique des versets 14 et 15 compte autant que ce qui reste tu. Les luminaires sont là "pour servir de signes, tant pour les fêtes que pour les jours et les années" — ils existent pour structurer la vie humaine, marquer les fêtes, les saisons de semailles et le rythme de la semaine, et non pour être consultés comme des oracles ou redoutés comme un destin. Le verset 18 réaffirme leur fonction une nouvelle fois : "pour commander au jour et à la nuit, pour séparer la lumière et les ténèbres" (Genèse 1,18). Trois fois en six versets, la Genèse revient sur le même point — ce sont des luminaires fonctionnels, non des puissances souveraines.

Ce cadrage a pesé lourd pour les auteurs bibliques ultérieurs. Les prophètes qui raillaient les astrologues de Babylone (voir Isaïe 47,13) et le psalmiste qui s'émerveillait que Dieu ait "fait la lune pour marquer les temps" tandis que "le soleil connaît son coucher" (Bible de Jérusalem, Psaume 103,19) puisaient tous deux dans la même conviction que Genèse 1 pose la première : le ciel est une création à admirer, non un panthéon à apaiser.

Un soir, un matin, le quatrième jour

Comme chacun des jours précédents, le quatrième jour se referme sur le même refrain constant : "Il y eut un soir et il y eut un matin: quatrième jour" (Bible de Jérusalem, Genèse 1,19). On pourrait passer rapidement sur cette phrase, mais elle accomplit un travail bien réel. Le soleil et la lune, que la Genèse vient soigneusement d'éviter de nommer comme des dieux, servent, dans le même souffle, à mesurer le passage du temps ordinaire — un soir, un matin, un jour de plus vers le repos du sabbat qui couronne tout le récit. Ils sont utiles. Ils sont beaux. Ils ne sont pas divins.

Les lecteurs qui poursuivent le récit de la création jusqu'à l'appel d'Abraham remarqueront combien le reste de la Genèse revient souvent à cette même insistance — le ciel, la terre et les nations qui entourent Israël sont des créatures soumises à Dieu, non des puissances à adorer en elles-mêmes. C'est précisément pour cette raison que le quatrième jour mérite un regard plus attentif : il s'agit moins d'astronomie que de déterminer quelles choses, dans l'univers, ont le droit d'être adorées — et la Genèse trace cette ligne avec une remarquable clarté, trois mille ans avant que quiconque n'ait besoin d'un mot comme « science » pour nommer cette différence.

Trivia

Que dit Genèse 1,14-19 sur ce que Dieu a créé au quatrième jour ?
Genèse 1,14-19 décrit Dieu faisant "des luminaires au firmament du ciel pour séparer le jour et la nuit", dont "les deux luminaires majeurs: le grand luminaire comme puissance du jour et le petit luminaire comme puissance de la nuit, et les étoiles" (Genèse 1,16).
Pourquoi Genèse 1 ne nomme-t-elle pas le soleil et la lune par leur nom ?
De nombreux exégètes considèrent l'absence des mots hébreux pour "soleil" (shemesh) et "lune" (yareach) comme délibérée. Ces mots étaient aussi les noms de divinités solaires et lunaires cananéennes et mésopotamiennes ; la Genèse les appelle donc "le grand luminaire" et "le petit luminaire" — de simples objets placés dans le ciel par Dieu, et non des divinités à part entière.
Quelle fonction la Genèse attribue-t-elle aux luminaires du ciel ?
Genèse 1,14-15 dit qu'ils existent pour "séparer le jour et la nuit", pour "servir de signes, tant pour les fêtes que pour les jours et les années", et pour "éclairer la terre" — une description fonctionnelle, presque architecturale, et non celle d'êtres divins à adorer.
La création des étoiles et de la lune est-elle la même chose que la création de la lumière du premier jour ?
Non. Le premier jour (Genèse 1,3-5) concerne la lumière et les ténèbres elles-mêmes, séparées en "jour" et "nuit". Le quatrième jour attribue des objets porteurs de lumière précis — soleil, lune et étoiles — pour maintenir et gouverner ce rythme, ce qui explique pourquoi de nombreux lecteurs voient dans le quatrième jour une sorte de second regard sur ce que le premier jour avait déjà amorcé.
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