La chapelle Sixtine

Michel-Ange ne voulait pas de cette commande. Il se considérait comme sculpteur, pas comme peintre, et il a passé quatre ans allongé sur le dos, sur un échafaudage de sa propre conception, du plâtre lui tombant parfois dans les yeux, pour achever un plafond qu'il avait pourtant tout tenté pour ne pas avoir à peindre. Ce qu'il a laissé derrière lui est devenu l'une des œuvres d'art les plus étudiées au monde — et la salle qui l'abrite reste encore aujourd'hui celle où l'Église catholique élit ses papes.

La chapelle privée d'un pape, bâtie pour durer

La chapelle Sixtine tient son nom du pape Sixte IV, qui la fit construire entre 1477 et 1481 sur le site et les fondations d'une ancienne chapelle médiévale, à l'intérieur du palais pontifical. Sa vocation première était plus pratique que purement artistique : une chapelle privée et défendable pour la maison du pape et le Collège des cardinaux, bâtie avec des proportions dignes d'une forteresse — ses dimensions rappelleraient, selon la tradition, les mesures données pour le Temple de Salomon dans l'Ancien Testament. Sixte IV fit appel à quelques-uns des plus grands peintres de l'époque, dont Botticelli, le Pérugin et Ghirlandaio, pour orner les murs latéraux de fresques retraçant la vie de Moïse et celle du Christ, bien avant que Michel-Ange n'y pose le pied.

La fresque du Jugement dernier de Michel-Ange sur le mur de l'autel de la chapelle Sixtine

Michel-Ange, Le Jugement dernier, 1536-1541 - domaine public.

Le plafond que personne ne voulait peindre

Trois décennies plus tard, le pape Jules II juge que le plafond bleu uni, parsemé d'étoiles, mérite quelque chose de plus grandiose, et il persuade un Michel-Ange réticent — qui se considérait comme sculpteur et travaillait alors sur le propre tombeau de Jules II — d'accepter la commande. Michel-Ange passe environ quatre ans, de 1508 à 1512, travaillant en grande partie seul sur un échafaudage qu'il a lui-même conçu, haut au-dessus du sol de la chapelle. Le résultat couvre plus de 460 mètres carrés, avec neuf scènes centrales tirées du livre de la Genèse, de la Séparation de la lumière et des ténèbres jusqu'à l'Ivresse de Noé, encadrées de prophètes, de sibylles peintes et de figures musculeuses appelées ignudi. Le panneau le plus célèbre, la Création d'Adam — la main tendue de Dieu presque au contact de celle d'Adam — est devenu l'une des images les plus reproduites de toute l'histoire de l'art.

Une vision plus sombre sur le mur de l'autel

Michel-Ange revient à la chapelle Sixtine environ deux décennies plus tard, commandé par le pape Clément VII et achevant l'œuvre sous le pape Paul III entre 1536 et 1541, cette fois pour peindre le Jugement dernier sur l'ensemble du mur de l'autel. C'est une œuvre radicalement différente du plafond — une composition dense et tourbillonnante plutôt qu'une série de scènes séparées, représentant le retour glorieux du Christ, avec les élus qui s'élèvent et les damnés qui sombrent dans le tourment. L'atmosphère y est plus sombre, plus tourmentée, moins sereine que celle du plafond au-dessus, un basculement souvent lu à la lumière du sac de Rome de 1527 et des bouleversements religieux des débuts de la Réforme qui séparent les deux commandes. L'œuvre suscita presque aussitôt la controverse pour sa nudité ; un pape ultérieur fit peindre des draperies sur certaines figures, des ajouts qui recouvrent encore partiellement l'œuvre aujourd'hui.

Restaurer les couleurs

À la fin du XXe siècle, des siècles de fumée de cierges, de poussière et de restaurations antérieures avaient tant assombri le plafond de Michel-Ange que des générations d'historiens de l'art avaient fini par croire qu'il avait délibérément travaillé dans des tons sombres et feutrés. Un vaste projet de nettoyage et de restauration, mené entre 1980 et 1994 sous la direction des Musées du Vatican, a prouvé le contraire : sous la crasse, la véritable palette du plafond s'est révélée étonnamment vive et saturée, forçant une véritable réévaluation de la technique de Michel-Ange et de son talent de coloriste, et non plus seulement de dessinateur. La restauration n'a pas été sans controverse — certains critiques ont estimé que le nettoyage était allé trop loin et avait effacé des ombrages que Michel-Ange lui-même avait appliqués après séchage de la fresque — mais elle demeure la référence à partir de laquelle le plafond est aujourd'hui étudié et admiré.

Là où l'Église choisit ses papes

Au-delà de son poids artistique, la chapelle Sixtine porte un rôle sans équivalent ailleurs sur terre : c'est là que se tient le conclave papal, le processus par lequel le Collège des cardinaux élit un nouveau pape. La tradition d'utiliser la chapelle à cette fin remonte à la fin du XVe siècle, choisie pour son isolement au sein du Vatican et sa capacité à maintenir les électeurs coupés de tout contact extérieur jusqu'à ce qu'une décision soit prise. Pendant un conclave, les cardinaux y sont séquestrés, votant sous le Jugement dernier de Michel-Ange jusqu'à ce qu'un candidat obtienne la majorité des deux tiers requise — moment où la célèbre fumée blanche s'élève d'une cheminée installée pour l'occasion, annonçant à la foule qui attend sur la place Saint-Pierre que habemus papam, « nous avons un pape ».

Une salle qui continue de vivre

Peu de bâtiments au monde portent autant de poids à la fois — une chapelle toujours en activité, une destination muséale attirant des millions de visiteurs par an, et l'unique salle où se transmet la direction de l'Église catholique. Michel-Ange, selon la plupart des témoignages, ne s'est jamais tout à fait résigné à être retenu comme peintre. La salle qu'il a laissée derrière lui s'en est chargée pour lui.

Trivia

Qui a fait construire la chapelle Sixtine, et à quelle époque ?
Le pape Sixte IV l'a commandée ; elle fut construite entre 1477 et 1481 sur les fondations d'une ancienne chapelle médiévale — son nom vient directement du sien, « Sixtine » étant l'adjectif formé sur Sixte.
Combien de temps Michel-Ange a-t-il mis à peindre le plafond ?
Environ quatre ans, de 1508 à 1512, sous la commande du pape Jules II — une tâche à laquelle Michel-Ange s'était d'abord opposé, se considérant avant tout comme un sculpteur et non comme un peintre.
Que représente réellement le plafond ?
Neuf scènes centrales tirées du livre de la Genèse, dont la célèbre Création d'Adam, encadrées de prophètes, de sibylles peintes et de détails architecturaux — un vaste récit visuel unifié des origines du monde.
Quand Michel-Ange a-t-il peint le Jugement dernier, et en quoi diffère-t-il du plafond ?
Environ deux décennies plus tard, de 1536 à 1541, sur le mur de l'autel — commandé par le pape Clément VII et achevé sous le pape Paul III. C'est une composition unique, dense et dramatique, du retour glorieux du Christ, plutôt qu'une suite de panneaux narratifs séparés comme au plafond, reflet d'une Rome plus sombre et plus tourmentée après le sac de Rome de 1527.
Pourquoi les conclaves papaux se tiennent-ils dans la chapelle Sixtine ?
La tradition d'y tenir les élections papales remonte à la fin du XVe siècle, appréciée pour son isolement et sa défendabilité ; aujourd'hui encore, les cardinaux électeurs y sont séquestrés, coupés de toute communication extérieure, jusqu'à obtenir la majorité des deux tiers nécessaire à l'élection d'un nouveau pape.
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