Élie : le feu sur le Carmel et le murmure à l'Horeb
Un royaume tourné vers Baal
Lorsqu'Élie entre en scène dans le récit biblique, le royaume du nord d'Israël est gouverné par Achab, dont l'épouse Jézabel a importé le culte de Baal, dieu cananéen de l'orage et de la fertilité, et pourchasse activement les propres prophètes du Seigneur. Une sécheresse de trois ans, annoncée par Élie lui-même comme un signe du jugement de Dieu, affame tout le pays. Même Obadyahu, le maître du palais d'Achab, cache secrètement une centaine de prophètes dans des grottes pour les garder en vie (1 Rois 18,4). C'est ce monde qu'Élie traverse : non pas un paisible arrière-pays spirituel, mais un royaume où rester fidèle au Dieu d'Israël pouvait coûter la vie.
Giuseppe Angeli, "Elie enleve dans un char de feu," v. 1740-1755, National Gallery of Art — domaine public (CC0).
Le défi du mont Carmel
Élie force la question à se poser au grand jour. Il convoque Achab, le peuple d'Israël et 450 prophètes de Baal sur le mont Carmel pour une épreuve publique. « Jusqu'à quand clocherez-vous des deux jarrets ? Si Yahvé est Dieu, suivez-le ; si c'est Baal, suivez-le » (Bible de Jérusalem, 1 Rois 18,21). Deux taureaux sont préparés pour le sacrifice, un pour chaque camp, mais aucun feu n'est allumé. Celui des deux dieux qui répondra par le feu sera reconnu comme Dieu.
Les prophètes de Baal commencent, invoquant leur dieu du matin jusqu'à midi, puis jusque dans l'après-midi, se tailladant avec des épées dans un désespoir rituel. « Il n'y eut aucune voix, ni réponse, ni signe d'attention » (Bible de Jérusalem, 1 Rois 18,29). Élie, qui observe, les raille : « Criez plus fort, car c'est un dieu : il a des soucis ou des affaires, ou bien il est en voyage ; peut-être il dort et il se réveillera ! » (Bible de Jérusalem, 1 Rois 18,27).
Élie répare ensuite un autel du Seigneur tombé en ruine, creuse un canal tout autour, et — loin de faciliter le miracle — fait tremper l'offrande dans l'eau à trois reprises, jusqu'à ce que le canal lui-même soit rempli. Il prononce une brève prière unique, et « le feu de Yahvé tomba et dévora l'holocauste et le bois, et il absorba l'eau qui était dans le canal » (Bible de Jérusalem, 1 Rois 18,38). Le peuple tombe face contre terre : « C'est Yahvé qui est Dieu ! C'est Yahvé qui est Dieu ! » (Bible de Jérusalem, 1 Rois 18,39).
Fuite, peur et une voix dans le silence
Le triomphe ne dure pas. Jézabel, furieuse du massacre des prophètes de Baal qui suit l'épreuve, jure de tuer Élie avant la fin du lendemain. Chose étonnante, l'homme qui vient de faire descendre le feu du ciel « eut peur ; il se leva et partit pour sauver sa vie » (Bible de Jérusalem, 1 Rois 19,3), s'effondrant sous un genêt dans le désert et priant pour mourir : « C'en est assez maintenant, Yahvé ! Prends ma vie, car je suis pas meilleur que mes pères » (Bible de Jérusalem, 1 Rois 19,4). C'est l'un des portraits les plus francs de l'épuisement que contienne la Bible — un homme qui vient d'accomplir quelque chose d'extraordinaire, et qui se retrouve désormais totalement à bout de forces.
Un ange le nourrit à deux reprises, et fort de cette nourriture, il marche quarante jours jusqu'à l'Horeb, la montagne de Dieu — la même montagne où Moïse reçut la Loi. Là, dans une grotte, Dieu lui demande : « Que fais-tu ici, Élie ? » et lui ordonne de se tenir debout et d'attendre. Un ouragan violent déchire les montagnes, mais « Yahvé n'était pas dans l'ouragan » ; puis vient un tremblement de terre, mais « Yahvé n'était pas dans le tremblement de terre » ; puis un feu, et là encore, le Seigneur n'est pas dans le feu. Vient enfin ce que la Bible de Jérusalem appelle « le bruit d'une brise légère » (Bible de Jérusalem, 1 Rois 19,12) — l'expression souvent traduite ailleurs par « une voix de fin silence ». C'est dans ce calme, et non dans aucune de ces forces spectaculaires, que Dieu s'adresse à lui.
La rencontre n'efface pas le désespoir d'Élie par un simple discours ; Dieu lui confie plutôt une nouvelle mission — oindre de nouveaux rois, et oindre Élisée comme son propre successeur — ainsi qu'une information dont Élie avait cruellement besoin : il n'est pas, en réalité, le dernier fidèle resté en Israël. « J'épargnerai en Israël sept milliers, tous les genoux qui n'ont pas plié devant Baal » (Bible de Jérusalem, 1 Rois 19,18).
Le char de feu
L'histoire d'Élie ne s'achève pas dans une tombe. Marchant avec Élisée près du Jourdain, conscient que son heure approche, Élie demande ce qu'il peut faire pour son successeur avant de partir. Élisée demande « une double part de [son] esprit » (Bible de Jérusalem, 2 Rois 2,9) — le droit d'héritage d'un fils premier-né, demandant à porter la mission prophétique d'Élie à pleine puissance. Puis, « comme ils marchaient en conversant, voici qu'un char de feu et des chevaux de feu se mirent entre eux deux, et Élie monta au ciel dans le tourbillon » (Bible de Jérusalem, 2 Rois 2,11).
Parce qu'Élie est enlevé plutôt qu'enterré, la tradition juive en vint à attendre son retour avant la venue du Messie, espérance que reflète la prophétie finale de Malachie. Dans les Évangiles, cette attente resurgit directement : les foules se demandent si Jean-Baptiste est Élie revenu, et Élie lui-même apparaît avec Moïse lors de la Transfiguration de Jésus, représentant les Prophètes comme Moïse représente la Loi, tous deux rendant témoignage au Christ.






