Sainte Angèle Merici — fondatrice des Ursulines

En 1535, dans une maison louée à Brescia, vingt-huit femmes célibataires se rassemblent autour d'une femme d'un peu plus de soixante ans, sans couvent, sans fortune et sans appui formel de Rome — et fondent une société religieuse qui finira par instruire des jeunes filles sur quatre continents. La plupart des fondateurs d'ordres religieux de cette époque étaient des prêtres, des évêques, ou des femmes issues de familles puissantes. Angèle Merici n'était rien de tout cela, et c'est précisément ce qui compte dans son histoire.

Une enfance marquée par le deuil

Angèle Merici naît en 1474 à Desenzano del Garda, une petite ville sur les rives du lac de Garde, dans le nord de l'Italie, au sein d'une famille paysanne pieuse malgré l'absence de fortune. Selon ses premiers biographes, son père lisait chaque soir des extraits de vies de saints, et Angèle grandit en s'imprégnant de ces récits comme d'autres enfants s'imprègnent de contes populaires. Cet ancrage compta beaucoup, car son enfance fut brutalement interrompue par le deuil : ses deux parents moururent alors qu'elle était encore jeune, ainsi qu'une sœur aînée qu'elle chérissait, et Angèle fut envoyée vivre chez un oncle dans la ville voisine de Salò.

Portrait dévotionnel de sainte Angèle Merici assise, enseignant à une jeune fille qui lève les yeux vers elle, mains jointes en prière.

Pietro Calzavacca, Sainte Angèle Merici enseignante, XIXe siècle, Museo Angela Merici, Brescia — domaine public.

Cette perte précoce marqua le reste de sa vie d'une manière précise et traçable. La tradition rapporte qu'Angèle fut tourmentée par le fait que sa sœur était morte subitement, sans avoir reçu les derniers sacrements, et qu'elle pria intensément pour obtenir une assurance sur le sort de son âme — rapportant plus tard une vision dans laquelle elle comprit que sa sœur comptait parmi les sauvés. Qu'on la lise comme une vision littérale ou comme le souvenir pieux d'une intense consolation intérieure, cet épisode marqua un tournant : Angèle sortit de ce deuil avec une assurance spirituelle inhabituellement ferme, presque intrépide, qui l'accompagna toute sa vie, et une détermination à faire quelque chose d'utile des années qui lui restaient.

Une laïque qui choisit de ne pas entrer au couvent

À vingt ans, Angèle rejoint le tiers ordre de Saint François, une branche laïque de la famille franciscaine qui permettait à ses membres de vivre selon une règle de prière et de simplicité tout en demeurant dans la vie séculière ordinaire plutôt qu'en entrant au cloître. Ce choix révèle quelque chose d'important chez Angèle : attirée par la vie religieuse, elle en refusait pourtant la voie conventionnelle. Beaucoup de femmes pieuses de son rang social, dans l'Italie de la Renaissance, qui souhaitaient consacrer leur vie à Dieu, entraient simplement au couvent. Angèle, elle, resta dans le monde, menant une vie ascétique et priante tout en travaillant directement auprès des pauvres de sa ville.

C'est à travers ce travail que sa vocation prit forme. Brescia et sa campagne environnante n'avaient aucun système organisé d'éducation pour les filles, en particulier les plus pauvres, à une époque où les garçons de bonne famille avaient accès à des précepteurs, à des écoles et, finalement, à l'université. Angèle commença à rassembler informellement des filles du quartier pour leur enseigner la lecture, le catéchisme et des compétences pratiques, convaincue que l'ignorance de la foi était aussi dangereuse pour l'âme que la pauvreté l'était pour le corps. La réputation de son œuvre se répandit, et lorsqu'elle atteignit la cinquantaine, elle s'était bâti, dans toute la région, une réputation d'enseignante, de conseillère spirituelle et, de plus en plus, de femme avec laquelle d'autres femmes pieuses souhaitaient collaborer.

La fondation de la Compagnie de Sainte-Ursule

Le 25 novembre 1535, Angèle fonde formellement la Compagnie de Sainte-Ursule à Brescia, réunissant un premier groupe de vingt-huit femmes célibataires engagées dans une vie de chasteté, de prière et d'enseignement. Elle donne à la société le nom de sainte Ursule, une martyre légendaire des premiers siècles vénérée comme patronne des jeunes filles et des étudiantes, dont l'histoire — quelle que soit l'incertitude de ses détails historiques — portait un poids symbolique fort pour un groupe voué à guider des jeunes filles vers la vertu.

Ce qui rendait la Compagnie véritablement nouvelle n'était pas seulement sa mission éducative, mais sa structure. Les premières membres d'Angèle ne prononçaient aucun vœu public et perpétuel comme le faisaient les religieuses traditionnelles ; elles ne portaient aucun habit distinctif qui les aurait signalées dans la rue ; et, fait plus inhabituel encore pour l'époque, elles continuaient de vivre dans leur propre foyer familial plutôt que d'emménager dans un couvent commun. Elles étaient, en somme, des laïques consacrées, insérées directement dans les villes et les foyers qu'elles servaient — un modèle qui leur permettait d'atteindre des jeunes filles qu'aucune école conventuelle cloîtrée n'aurait pu facilement toucher, les familles étant souvent réticentes à envoyer leurs filles loin du foyer pour être scolarisées.

Cette structure reflétait la conviction profonde d'Angèle selon laquelle la sainteté n'exigeait pas de se retirer de la vie ordinaire. Elle écrivit dans sa Règle que ses filles devaient se reconnaître « moins à un habit extérieur qu'à leur manière de vivre » — une instruction frappante pour une fondatrice religieuse du XVIe siècle, qui la plaçait en avance sur une grande partie de la réflexion de son époque sur la manière dont des femmes consacrées pouvaient servir l'Église.

De Brescia à un ordre enseignant mondial

Angèle ne dirigea la Compagnie que cinq ans avant sa mort en 1540, mais la société qu'elle avait fondée ne resta ni petite ni locale. Au cours du siècle suivant, tandis que les Ursulines se répandaient en Italie, en France, puis jusqu'aux Amériques, l'ordre adopta progressivement une structure plus traditionnelle — vie communautaire, habit reconnaissable et vœux formels — largement sous la pression des autorités ecclésiales, peu à l'aise avec des religieuses non cloîtrées après le concile de Trente. Dès le XVIIe siècle, les couvents ursulins dirigeaient certaines des écoles de filles les plus réputées de l'Europe catholique, et des missionnaires ursulines, dont sainte Marie de l'Incarnation, portèrent la mission éducative de l'ordre jusqu'à Québec, faisant des Ursulines l'un des premiers ordres enseignants féminins établis en Amérique du Nord.

Cette forme plus tardive, plus cloîtrée, aurait sans doute paru différente de ce qu'Angèle avait initialement imaginé dans cette maison louée de Brescia — mais la mission de fond ne changea jamais. Partout où les sœurs ursulines s'établirent, des écoles de filles suivirent, fondées sur la conviction d'Angèle que l'éducation et la formation religieuse des femmes comptaient tout autant que celles des hommes, à une époque où très peu de voix, dans l'Église, le disaient.

Une canonisation tardive pour une fondatrice longtemps sous-estimée

Angèle Merici meurt le 27 janvier 1540 et est inhumée à Brescia, où son corps est encore vénéré aujourd'hui. La reconnaissance officielle vint lentement : le pape Clément XIII la béatifia en 1768, le pape Pie VII fit avancer davantage le processus, mais c'est le pape Pie IX qui la canonisa le 24 mai 1861 — plus de trois siècles après sa mort. Sa fête est célébrée le 27 janvier. Le long délai entre sa mort et sa canonisation en dit moins sur un quelconque doute concernant sa sainteté que sur le caractère inhabituel de son modèle de vie religieuse pour les catégories formelles de l'Église ; il fallut des siècles pour que les structures qu'elle avait inaugurées soient pleinement intégrées à la vie religieuse reconnue, alors même que les écoles qu'elle avait inspirées ne cessaient de se multiplier entre-temps. Les lecteurs intéressés par d'autres femmes ayant fondé des institutions éducatives ou charitables durables pourront aussi lire l'article consacré à sainte Frances Xavier Cabrini, dont les écoles missionnaires portèrent un esprit semblable au-delà de l'océan, des siècles plus tard.

Trivia

Qui était sainte Angèle Merici ?
Angèle Merici (1474-1540) était une laïque italienne originaire de Desenzano, près du lac de Garde, qui fonda la Compagnie de Sainte-Ursule, communément appelée les Ursulines, à Brescia en 1535 — considérée comme la première société religieuse féminine consacrée spécifiquement à l'éducation des jeunes filles.
Pourquoi Angèle Merici a-t-elle fondé les Ursulines ?
Angèle avait passé des années comme laïque à enseigner aux filles pauvres de sa ville natale, à une époque où l'instruction formelle des filles, surtout pauvres, était presque inexistante ; elle fonda la Compagnie de Sainte-Ursule pour que des femmes célibataires puissent se consacrer à cette œuvre d'enseignement et de prière sans nécessairement entrer dans un couvent cloîtré, une structure inhabituelle pour l'époque.
Qu'est-ce qui rendait la règle originelle des Ursulines inhabituelle pour son temps ?
Contrairement aux ordres religieux traditionnels, les premières membres d'Angèle ne prononçaient aucun vœu formel, ne portaient aucun habit distinctif et continuaient à vivre dans leur propre foyer familial plutôt que dans un couvent commun, se consacrant à la prière, à la chasteté et à l'enseignement tout en restant insérées dans la vie laïque ordinaire — une structure que l'Église modifia plus tard, à mesure que l'ordre grandissait et adoptait une forme plus formellement cloîtrée.
Quand sainte Angèle Merici a-t-elle été canonisée ?
Le pape Clément XIII la béatifia en 1768, et le pape Pie IX la canonisa le 24 mai 1861, plus de trois siècles après sa mort ; sa fête est célébrée le 27 janvier.
De quoi sainte Angèle Merici est-elle la patronne ?
Angèle Merici est honorée comme patronne des personnes handicapées et de celles qui ont perdu leurs parents, et, en raison de l'œuvre de sa vie, elle est étroitement associée aux éducateurs catholiques et à la tradition enseignante ursuline dans le monde entier.
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