Saint Benoît-Joseph Labre
Un jeune homme rejeté par tous les monastères qu'il tenta
Benoît-Joseph Labre naquit en 1748 à Amettes, un village du nord de la France, l'aîné de quinze enfants d'une famille de marchands aisés. Dès l'enfance, il montra une attirance intense, presque exclusive, pour la vie religieuse, et un oncle curé de paroisse le prit sous son aile pour le préparer à la prêtrise. Mais le chemin de Labre vers une vocation stable n'aboutissait jamais. Il postula pour entrer chez les Trappistes, les Chartreux et les Cisterciens — plusieurs des ordres monastiques les plus exigeants et austères de l'Église — et fut refusé par chacun d'eux à son tour, généralement au motif que sa santé était trop fragile et son tempérament trop solitaire pour la discipline communautaire structurée que ces ordres exigeaient.
Antonio Cavallucci, Portrait de saint Benoît-Joseph Labre, 1795, Wikimedia Commons — domaine public.
La plupart des jeunes hommes rejetés tant de fois par des communautés religieuses auraient abandonné toute idée de vie consacrée. Labre en conclut au contraire, progressivement et après une lutte intérieure considérable, que Dieu l'appelait à un autre type de pauvreté religieuse, bien plus étrange — vécue non entre les murs d'un cloître mais sur les grandes routes, sans habit, sans vœux, sans adresse fixe, imitant à sa manière la pauvreté errante des saints pèlerins médiévaux. En 1770, à vingt-deux ans, il se mit en route à pied depuis la France et ne cessa pratiquement plus de marcher pour le reste de sa vie.
Treize années de pèlerinage
Durant les années suivantes, Labre marcha vers presque tous les grands sanctuaires de pèlerinage de l'Europe catholique : Rome, Lorette, Assise, Naples, et Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne notamment, parcourant une distance extraordinaire presque entièrement à pied et sans argent. Il dormait dans des porches, sous des porches d'église et dans des ruines, portait les mêmes vêtements élimés jusqu'à ce qu'ils tombent en lambeaux, et vivait des restes de nourriture ou des petites aumônes que des étrangers lui donnaient — et même alors, on le savait redonner la plus grande partie à des mendiants qu'il jugeait plus pauvres ou plus désespérés que lui. Les visiteurs et le clergé qui le croisaient en chemin décrivaient souvent un homme sale, silencieux et facile à ignorer, mais qui passait pourtant des heures chaque jour absorbé en prière, particulièrement devant le Saint-Sacrement exposé à l'adoration dans les églises qu'il traversait.
À la fin des années 1770, Labre avait pratiquement cessé de voyager et s'était installé dans une routine fixe, quoique toujours sans-abri, à Rome, dormant à la dure près du Colisée et passant de longs moments chaque jour en prière dans les églises de la ville, en particulier devant la dévotion des Quarante Heures — l'exposition de l'Eucharistie pour une adoration continue — où qu'elle se tienne dans la ville cette semaine-là. Le clergé et les habitants ordinaires de Rome finirent progressivement par le reconnaître, non comme une curiosité mais, pour un nombre croissant d'entre eux, comme un homme dont la pauvreté visible dissimulait une vie intérieure véritablement remarquable. Les confesseurs qui l'entendaient décrivaient une intensité de prière et de renoncement à soi qui semblait entièrement disproportionnée par rapport à son apparence dépenaillée et insignifiante.
Une mort sur les marches d'une église et une réputation de sainteté instantanée
Le 16 avril 1783 — mercredi de la Semaine sainte — Labre s'effondra sur les marches de l'église Santa Maria dei Monti à Rome. On le porta dans la maison d'un boucher voisin, où il mourut quelques heures plus tard, n'ayant pas encore trente-cinq ans. Ce qui suivit est l'un des retournements les plus saisissants de l'histoire d'un saint : en une journée, la nouvelle s'était répandue dans le quartier que le mendiant en guenilles et silencieux que tant de Romains avaient appris à croiser sans le voir était mort, et qu'il avait été, de l'avis unanime local, un homme d'une sainteté extraordinaire. Des foules se seraient rassemblées presque immédiatement, et les récits de l'époque décrivent des enfants dans la rue criant que « le saint est mort » avant même qu'un quelconque processus formel de l'Église n'ait commencé.
La dévotion qui naquit autour de Labre dans les jours et les semaines suivant sa mort fut d'une spontanéité et d'une popularité inhabituelles — le genre de réputation de sainteté qui met normalement des décennies à se construire s'était, dans son cas, apparemment formée en silence parmi les pauvres de Rome pendant des années, sans que la majeure partie du clergé de la ville ne le remarque pleinement. Le processus formel fut, en comparaison, plus lent : il fut béatifié en 1860 et canonisé par le pape Léon XIII en 1881, près d'un siècle après sa mort.
Un patronage né de son propre rejet
L'histoire de Labre entretient un rapport intéressant avec celle d'autres saints qui choisirent la pauvreté radicale au sein de communautés religieuses reconnues, comme François d'Assise, dont le mouvement franciscain trouve un écho dans la pauvreté errante et sans attaches de Labre, bien qu'il n'en ait jamais formellement fait partie. Là où François bâtit un ordre autour de la pauvreté volontaire, Labre vécut quelque chose de proche, mais entièrement en dehors de toute structure institutionnelle, en grande partie parce que ces structures l'avaient refusé à plusieurs reprises.
Cette histoire explique précisément pourquoi son patronage aujourd'hui se concentre si spécifiquement sur les sans-abri, les mendiants, et les personnes en difficulté avec la maladie mentale ou le rejet social — les catégories mêmes de personnes pour lesquelles Labre lui-même fut régulièrement pris et évité, jusqu'au moment même de sa mort, qui révéla ce que ceux qui avaient réellement pris le temps de le remarquer avaient déjà commencé à soupçonner. Sa fête est célébrée le 16 avril, anniversaire de sa mort, et sa tombe demeure en l'église Santa Maria dei Monti à Rome, la même église sur les marches de laquelle il s'effondra.






