Saint Gaétan

Dans la Naples du XVIe siècle, frappée par la famine, les pauvres désespérés n'avaient d'autre recours que des usuriers exigeant l'intérêt qu'il leur plaisait. Un noble devenu prêtre, nommé Gaétan, décida de leur faire directement concurrence — en créant un fonds de prêt qui ne prélevait aucun intérêt, refusant de profiter de la faim d'autrui. Ce fonds existe encore aujourd'hui. Il s'appelle la Banque de Naples.

Un juriste dans la Curie romaine

Gaétan — Gaetano da Thiene en italien — naquit en octobre 1480 à Vicence, alors partie de la République de Venise, dans une famille noble, et obtint un doctorat en droit à l'université de Padoue avant d'entrer au service de l'Église. Padoue était alors l'une des universités les plus prestigieuses d'Europe, et un doctorat en droit obtenu là-bas destinait Gaétan à une carrière confortable, dans l'Église comme dans l'administration civile — exactement le genre d'avenir assuré qu'il allait plus tard écarter pour un chemin bien plus exigeant. Il travailla comme protonotaire à la Curie romaine sous le pape Jules II, une position qui le plaça au cœur de l'administration ecclésiastique à une époque où le clergé réformateur s'inquiétait de plus en plus de voir la pratique institutionnelle s'écarter des idéaux qu'elle était censée servir. Le pontificat de Jules II, dont on se souvient surtout pour ses ambitions politiques et son mécénat auprès d'artistes comme Michel-Ange, ne fut pas lui-même une période de renouveau spirituel notable à Rome, et le malaise croissant de Gaétan face à l'écart entre privilège clérical et sainteté cléricale le poussa de plus en plus vers les cercles réformateurs plutôt que vers une ascension continue dans la hiérarchie curiale.

Un dessin à la plume et au lavis représentant un prêtre barbu, agenouillé, tenant tendrement l'Enfant Jésus qui tend le bras vers lui, tandis que la Vierge Marie et deux chérubins observent depuis les nuages au-dessus.

Gaetano Zompini, Saint Cajetan of Thiene Holding the Infant Jesus, dessin, 1730-40, Metropolitan Museum of Art — domaine public (CC0).

L'Oratoire de l'Amour divin

Vers 1516 ou 1517, Gaétan cofonda l'Oratoire de l'Amour divin, une confrérie laïque de clercs et de laïcs engagés dans la charité personnelle et la réforme de la vie religieuse depuis l'intérieur, œuvrant discrètement plutôt que par confrontation publique. Ses membres se réunissaient pour la prière, la confession et la communion fréquentes — pratiques encore relativement rares chez les laïcs à cette époque — et pour un engagement caritatif concret auprès des malades et des pauvres, traitant la sainteté personnelle et le service pratique comme deux réalités inséparables. Ce fut une expression précoce et populaire de l'élan réformateur qui allait bientôt redessiner de larges pans de l'Église catholique, antérieure de plusieurs années aux mouvements de réforme plus célèbres et plus conflictuels associés à la Contre-Réforme, et elle donna à Gaétan à la fois un réseau de réformateurs partageant ses vues et un modèle pour le projet plus ambitieux qu'il entreprendrait quelques années plus tard.

La fondation des Théatins

En 1524, Gaétan s'associa à Gian Pietro Carafa — alors évêque de Chieti, dont le nom latin Theate donna son titre au nouvel ordre, et qui deviendrait plus tard le pape Paul IV — pour fonder la Congrégation des clercs réguliers, connue depuis sous le nom de Théatins. Le pape Clément VII approuva canoniquement le nouvel ordre la même année. Son but était direct : réformer la vie cléricale de ses propres membres par la discipline et la pauvreté apostolique, et mettre ce clergé réformé directement au service de la charité et de la pastorale, plutôt que de traiter la réforme comme un idéal abstrait à débattre à Rome. Les prêtres théatins prononçaient un vœu renonçant entièrement à tout revenu fixe et à toute propriété personnelle, s'en remettant uniquement aux dons volontaires — un niveau de pauvreté inhabituellement strict pour un clergé séculier à l'époque, destiné à incarner en leur propre personne l'intégrité cléricale que l'ordre espérait voir se répandre plus largement. Les Théatins figurent parmi les premiers de plusieurs nouveaux ordres religieux fondés durant cette période pour répondre à la même crise de discipline cléricale, une vague qui produirait une décennie plus tard la Compagnie de Jésus sous saint Ignace de Loyola, bien que les deux ordres aient emprunté des voies assez différentes pour atteindre des objectifs réformateurs similaires.

Une réponse sans intérêt aux usuriers

L'accomplissement pratique le plus durable de Gaétan vint plus tard, à Naples, pendant une période de grave famine. Les pauvres désespérés de la ville n'avaient guère de recours que des prêteurs prédateurs exigeant tout l'intérêt qu'ils pouvaient extraire de gens sans autre option. Gaétan répondit en fondant des hôpitaux pour ce qu'on appelait alors les « incurables » et, plus significativement, en créant un établissement de prêt qui ne prélevait aucun intérêt — une tentative directe et structurelle de saper l'usure qui s'abattait sur les habitants les plus affamés de Naples, plutôt que de se contenter de distribuer la charité après coup. Cet établissement n'a pas disparu après sa mort ; il s'est développé, au fil des siècles suivants, pour devenir la Banque de Naples, l'une des plus anciennes institutions bancaires au monde, dont on peut retracer directement la filiation institutionnelle jusqu'au fonds de secours contre la famine créé par Gaétan.

Une coutume dévotionnelle connexe — une tradition particulière de « pain de Gaétan » liée à l'aumône en son honneur — circule dans certaines sources populaires, mais elle n'est pas vérifiable de façon indépendante comme pratique historique documentée, et mérite donc d'être considérée comme un cadre populaire ou une dévotion moderne plutôt qu'une histoire confirmée. Ce qui est bien documenté, c'est sa réputation large et durable d'avoir nourri et aidé les pauvres et les chômeurs de Naples durant l'une des périodes les plus difficiles que la ville ait connues. Ce type d'établissement, parfois appelé monte di pietà (« mont-de-piété »), constituait une réponse catholique caractéristique de la Contre-Réforme face à la pauvreté et à l'usure, expérimentée dans diverses villes italiennes dès le XVe siècle précisément pour offrir aux pauvres une alternative aux prêteurs prédateurs sans enfreindre l'enseignement de l'Église sur l'interdiction de percevoir un intérêt. La fondation napolitaine de Gaétan devint l'un des exemples les plus durables de ce modèle en Italie.

Gaétan passa ses dernières années à partager son temps entre Naples, Venise et Rome, continuant de fonder de nouvelles maisons théatines et de nouveaux hôpitaux malgré le déclin de sa propre santé, allant, dit-on, jusqu'à s'épuiser au travail pour apaiser les troubles et venir en aide aux souffrants durant une période d'agitation civile à Naples, peu avant sa mort.

Canonisation et un patronage moderne

Gaétan mourut à Naples le 7 août 1547. Le pape Urbain VIII le béatifia en 1629, et le pape Clément X le canonisa le 12 avril 1671. Sa fête est célébrée le 7 août, anniversaire de sa mort, et dans la dévotion populaire moderne, il est largement invoqué comme patron des chômeurs et des demandeurs d'emploi — un patronage assorti d'une forte tradition de neuvaine, bâti directement sur son œuvre historique de lutte contre l'usure et la famine à Naples — ainsi que, dans certaines traditions, des joueurs, et comme patron documenté de l'Argentine.

Trivia

Qui était saint Gaétan ?
Gaétan de Thiene (1480-1547) était un noble italien titulaire d'un doctorat en droit, devenu prêtre, cofondateur d'une confrérie laïque appelée l'Oratoire de l'Amour divin, et, en 1524, cofondateur des Théatins, une congrégation de clercs réguliers vouée à la réforme de la vie cléricale et au service des pauvres, aux côtés de Gian Pietro Carafa, futur pape Paul IV.
Qu'a fait Gaétan pour lutter contre l'usure à Naples ?
Pendant une période de famine à Naples, il créa un établissement de prêt qui ne prélevait aucun intérêt, refusant délibérément de profiter du désespoir des pauvres, autrement livrés à des prêteurs prédateurs. Cet établissement s'est développé au fil des siècles suivants pour devenir aujourd'hui la Banque de Naples.
Qu'étaient les Théatins, et pourquoi furent-ils fondés ?
Les Théatins — formellement la Congrégation des clercs réguliers — furent fondés en 1524 par Gaétan et Gian Pietro Carafa, alors évêque de Chieti (Theate en latin, à l'origine du nom de l'ordre), et approuvés canoniquement la même année par le pape Clément VII. L'ordre était voué à la réforme de la vie morale et spirituelle du clergé et à un engagement caritatif actif, dans le cadre d'une vague plus large de réforme catholique antérieure à la Contre-Réforme et se recoupant avec elle.
Quand Gaétan fut-il canonisé, et que s'est-il passé avant ?
Le pape Urbain VIII le béatifia en 1629, et le pape Clément X le canonisa le 12 avril 1671, plus d'un siècle après sa mort en 1547.
De quoi saint Gaétan est-il le saint patron ?
Dans la dévotion populaire moderne, il est largement reconnu comme patron des chômeurs et des demandeurs d'emploi, un patronage directement enraciné dans son œuvre caritative historique auprès des pauvres de Naples, et il est aussi documenté comme patron de l'Argentine et, dans certaines traditions, des joueurs. Sa fête est célébrée le 7 août.
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