Saint Christophe Magallanes, prêtre, et ses compagnons, martyrs
Un prêtre né dans un pays qui se retournait contre l'Église
Christophe Magallanes naît le 30 juillet 1869 à Totatiche, une petite ville de l'État du Jalisco, dans l'ouest du Mexique, au sein d'une famille de paysans modestes. Enfant, il travaille la terre aux côtés de ses parents, et selon son propre témoignage ultérieur, il se sentit attiré par le sacerdoce dès son plus jeune âge, même s'il lui fallut des années de persévérance discrète — allant jusqu'à acheter une petite parcelle de terre dans le seul but de la revendre pour financer ses études — avant de pouvoir entrer au séminaire. Il est ordonné prêtre en 1899 et passe près de trois décennies au service de paroisses de sa région natale, particulièrement connu pour son travail d'évangélisation auprès du peuple indigène huichol et pour avoir fondé des écoles, une coopérative agricole et, finalement, un séminaire clandestin destiné à poursuivre la formation de nouveaux prêtres après que le gouvernement eut commencé à fermer purement et simplement les institutions catholiques.
Photographie d'époque du père Cristóbal Magallanes Jara, avant 1927 — domaine public.
Le Mexique où servait Christophe Magallanes comptait alors parmi les endroits les plus dangereux au monde pour être prêtre catholique. La Constitution mexicaine de 1917, rédigée après une décennie de révolution, imposait à l'Église des restrictions sévères : elle niait toute existence légale aux ordres religieux, interdisait aux prêtres de porter la tenue cléricale en public, limitait le nombre de prêtres autorisés dans chaque État, et accordait aux gouvernements des États un large pouvoir pour réglementer — et dans les faits, supprimer — le culte public. Sous la présidence de Plutarco Elías Calles, dans les années 1920, l'application de ces lois se durcit fortement, et dès le milieu de 1926, les évêques mexicains avaient suspendu tous les offices religieux publics en signe de protestation — une décision qui contribua à déclencher le soulèvement catholique armé connu sous le nom de guerre des Cristeros (1926-1929), du cri de ralliement des insurgés, « ¡Viva Cristo Rey ! » (« Vive le Christ Roi ! »).
Un pasteur qui ne prit pas les armes
Contrairement à beaucoup de combattants cristeros qui prirent les armes contre les forces gouvernementales, Christophe Magallanes découragea constamment ses propres paroissiens de la rébellion armée, convaincu que la violence ne ferait qu'aggraver la persécution et exposer les catholiques ordinaires à un danger plus grand encore. Sa résistance prit une forme plus discrète, mais tout aussi dangereuse : il continua de célébrer la messe en secret, d'entendre les confessions et, surtout, de poursuivre la formation de séminaristes même après la fermeture des institutions de son propre diocèse, déplaçant son petit séminaire clandestin de lieu en lieu pour échapper à la découverte.
Le 21 mai 1927, il se rendait célébrer la messe dans une chapelle rurale lorsque des soldats l'arrêtèrent sur la route, semble-t-il en confondant la région avec le lieu d'un accrochage cristero. Il fut arrêté avec un prêtre qui l'accompagnait, le père Agustín Caloca, bien qu'aucun des deux hommes n'eût le moindre lien avec l'affrontement armé que les soldats enquêtaient. Il fut emprisonné sans procès et, selon les témoignages recueillis pour sa cause de canonisation, employa ses dernières heures à entendre les confessions des autres prisonniers et à distribuer ses maigres possessions. Il fut exécuté par un peloton d'exécution le 21 mai 1927, disant, dit-on, aux personnes présentes qu'il pardonnait à ses bourreaux et demandant que sa mort ne soit pas vengée — un détail que la tradition ultérieure de l'Église, distincte du compte rendu historique d'un procès (qui n'a jamais eu lieu), tient pour central dans la manière dont il souhaitait qu'on se souvienne de lui.
Des compagnons de martyre à travers une décennie de persécution
Christophe Magallanes est vénéré avec vingt-quatre compagnons — vingt autres prêtres et trois laïcs — tués à différents moments entre 1915 et 1937, dans plusieurs États mexicains, durant la période plus large de persécution anticatholique qui entoura et suivit la guerre des Cristeros. Leurs histoires individuelles varient : certains étaient des curés de paroisse arrêtés pour avoir célébré la messe, d'autres des laïcs tués pour avoir caché des prêtres ou refusé de renier leur foi, et leurs morts s'étalent non seulement sur les années de la guerre des Cristeros elle-même, mais sur toute la décennie tendue de répression qui l'a précédée et suivie. Ce qui les unit, dans la compréhension de l'Église, c'est que chacun fut tué précisément en raison de son identité de catholique pratiquant ou de ministre des sacrements — ce que le Catéchisme identifie comme la marque propre du martyre chrétien : rendre « témoignage à la vérité de la foi et de la doctrine chrétienne » jusqu'« à la mort » (CEC 2473).
Le pape Jean-Paul II béatifia le groupe en deux étapes durant les années 1990, puis canonisa les vingt-cinq ensemble à Rome le 21 mai 2000 — choisissant délibérément comme date l'anniversaire de l'exécution de Christophe Magallanes. Dans son homélie de canonisation, le pape nota que leur témoignage reflétait un XXe siècle plus largement marqué, selon ses propres mots, par « la folie de la haine » tournée contre les croyants, et situa les martyrs mexicains dans un schéma mondial de persécution chrétienne qui incluait des victimes de régimes totalitaires bien au-delà des frontières du Mexique.
Un martyre encore proche de la mémoire vivante
Ce qui distingue Christophe Magallanes et ses compagnons parmi les saints martyrs de l'Église, c'est le caractère récent de leur histoire — leur persécution s'est déroulée dans la mémoire de grands-parents et d'arrière-grands-parents encore vivants lors de leur canonisation en 2000, et la guerre des Cristeros demeure un chapitre important, encore débattu, de l'histoire et de la culture populaire mexicaines du XXe siècle. Leur fête tombe, en esprit, non loin d'autres martyrs du XXe siècle honorés par l'Église, tels les prêtres missionnaires célébrés aux côtés de saint Paul Miki et ses compagnons lors d'une période antérieure de persécution au Japon, et leur histoire est aujourd'hui souvent invoquée pour rappeler que la liberté religieuse, tenue pour acquise dans une grande partie du monde, a été payée, de mémoire vivante, par des vies bien réelles et bien précises.
La dévotion à Christophe Magallanes n'a cessé de croître au Mexique et parmi les communautés mexicaines d'ailleurs depuis sa canonisation, particulièrement dans sa région natale du Jalisco, où des sanctuaires locaux et des dédicaces paroissiales gardent sa mémoire — et celle de ses vingt-quatre compagnons — étroitement liée aux villages et aux routes où ils vécurent et moururent.






