Sainte Joséphine Bakhita, vierge
Arrachée à son village
L'enfance de Joséphine Bakhita est reconstituée en grande partie à partir de son propre témoignage tardif, car elle ne connut jamais sa date de naissance exacte et ne put jamais se rappeler son nom d'origine. Elle naquit vers 1869 dans la région du Darfour, à l'ouest du Soudan, dans une famille qu'elle décrivait comme relativement aisée, avec un père chef de village. Cette enfance prit brutalement fin lorsqu'elle avait entre sept et neuf ans : des marchands d'esclaves la saisirent alors qu'elle se trouvait hors du village, et elle fut emmenée de force, vendue et revendue à une succession de propriétaires au cours des douze années suivantes, passant entre des mains soudanaises puis moyen-orientales.
Photographie de sainte Joséphine Bakhita, v. 1910, archives des Sœurs canossiennes — domaine public / CC0
Les sévices qu'elle subit durant ces années furent extrêmes, même selon les critères brutaux de la traite négrière soudanaise du XIXe siècle. À un moment, ses ravisseurs lui gravèrent dans la peau des motifs élaborés — plus d'une centaine d'incisions distinctes sur la poitrine, le ventre et les bras, dans lesquelles ils frottaient du sel pour faire apparaître des cicatrices permanentes, pratique destinée à marquer décorativement la « propriété » de son maître. Bakhita porta ces cicatrices visibles toute sa vie et n'en parla que rarement, sans jamais les cacher pour autant. C'est durant cette période de captivité qu'elle perdit son propre nom ; le traumatisme psychologique de son enlèvement fut assez violent pour qu'elle ne parvienne réellement plus à s'en souvenir par la suite, et « Bakhita » — le mot arabe pour « la chanceuse », donné par moquerie ou indifférence par l'un de ses ravisseurs — devint le seul nom qu'elle eut.
De Khartoum à Venise
Dans les années 1880, Bakhita fut achetée par Callisto Legnani, vice-consul d'Italie à Khartoum, dont le traitement marqua un véritable tournant — elle décrira plus tard ce foyer comme le premier, depuis des années, où elle ne fut pas battue. Quand Legnani rentra en Italie, Bakhita l'accompagna, et il la confia ensuite à la famille Michieli, qui l'employa comme nourrice de leur jeune fille, Mimmina. Lorsque des affaires appelèrent les Michieli au Soudan, ils laissèrent Bakhita et Mimmina à Venise sous la garde des Sœurs canossiennes, un ordre de religieuses consacrées à l'œuvre caritative et éducative — une décision qui, sans que personne ne l'ait vraiment prévu, allait changer le cours de toute la vie de Bakhita.
Durant ses mois passés chez les Sœurs canossiennes, Bakhita reçut pour la première fois un enseignement formel du christianisme, bien qu'elle ait dit plus tard avoir déjà pressenti, depuis l'enfance, la présence de ce qu'elle appelait simplement « le Maître » — une puissance bienveillante derrière le soleil, la lune et les étoiles, qu'elle sentait veiller sur elle même au pire de son esclavage, bien avant de posséder le moindre vocabulaire chrétien pour le décrire. Lorsque la famille Michieli revint en Italie et tenta de reprendre Bakhita pour la ramener en Afrique, elle refusa de partir, et le différend porté devant un tribunal italien connut une issue décisive. En novembre 1889, la cour trancha : l'esclavage n'avait aucune valeur légale en droit italien, et puisque Bakhita avait techniquement été réduite en esclavage avant même de mettre le pied en Italie, elle avait en réalité été une femme libre pendant tout le temps qu'elle y avait vécu. Le jugement la libéra sans réserve.
Devenir sœur Joséphine
Bakhita fut baptisée le 9 janvier 1890, prenant le nom de Joséphine Marguerite Fortunata — ce dernier prénom faisant écho, en latin, au nom arabe qu'elle portait depuis l'enfance. Trois ans plus tard, en 1893, elle entra au noviciat des Filles de la Charité canossiennes, et prononça ses vœux définitifs en 1896. Pour l'essentiel du reste de sa vie, elle vécut au couvent canossien de Schio, une ville du nord de l'Italie, où elle travailla comme cuisinière, couturière et portière, accueillant les visiteurs du couvent avec une chaleur et une douceur qui marquèrent profondément la communauté locale.
Les habitants de Schio la connurent affectueusement sous le nom de « Madre Moretta », la mère noire, et des générations d'habitants se souvinrent d'elle par la suite non pas d'abord comme une survivante d'une souffrance extraordinaire, mais simplement comme une présence humble et aimée à la porte du couvent — une femme connue pour sa sérénité, son sourire toujours prêt, et une habitude de qualifier tout ce qui lui arrivait, bon ou mauvais, par cette formule : « comme le veut le Maître ». Elle voyagea à l'occasion dans ses dernières années pour parler de sa vie et soutenir l'œuvre missionnaire de l'ordre canossien, bien qu'elle soit restée, de l'avis général, réticente à s'attarder publiquement sur les horreurs de son esclavage, préférant parler de la liberté et de la paix qu'elle y avait trouvées ensuite.
Canonisation et un patronage moderne
Joséphine Bakhita mourut à Schio le 8 février 1947, et sa mort rassembla des foules d'habitants qui l'avaient connue depuis des décennies. Le pape Jean-Paul II la béatifia en 1992 et la canonisa le 1er octobre 2000, en faisant la première personne originaire du Soudan reconnue sainte. Le pape Benoît XVI s'appuya longuement sur son histoire dans son encyclique de 2007, Spe Salvi, la présentant comme un exemple d'espérance découverte au cœur d'une souffrance profonde.
Dans les années qui suivirent sa canonisation, l'histoire de Bakhita a pris une signification particulièrement actuelle : parce que sa propre vie fut marquée par l'enlèvement, la servitude forcée puis l'émancipation légale, l'Église l'a adoptée comme principale patronne des victimes de la traite des êtres humains et de l'esclavage moderne, une forme d'exploitation qui persiste dans le monde entier malgré l'abolition légale de l'esclavage dans presque tous les pays. Sa fête, le 8 février, est également observée par l'Église comme journée internationale de prière et de sensibilisation contre la traite des êtres humains, reliant directement la souffrance d'une jeune fille soudanaise du XIXe siècle à une crise qui touche encore aujourd'hui des millions de personnes.






