Saint Lazare de Béthanie
Un ami que Jésus aimait, et qu'il a pourtant laissé mourir
L'évangile de Jean prend soin d'établir, avant toute chose, à quel point cette famille était proche de Jésus. Lazare vivait à Béthanie, un village près de Jérusalem, avec ses sœurs Marthe et Marie — cette même Marie, précise Jean, « qui oignit le Seigneur de parfum et lui essuya les pieds avec ses cheveux » (Bible de Jérusalem, Jean 11,2). Quand Lazare tomba gravement malade, les sœurs firent porter un message à Jésus qui présupposait qu'il viendrait aussitôt : « Seigneur, celui que tu aimes est malade » (Jean 11,3).
Michelangelo Merisi da Caravaggio, « La Résurrection de Lazare, » v. 1609, Musée régional de Messine — domaine public.
Il ne vint pas aussitôt. Jean rapporte qu'en apprenant la nouvelle, Jésus « demeura deux jours encore dans le lieu où il se trouvait » (Jean 11,6), avant de dire enfin à ses disciples : « Allons de nouveau en Judée » (Jean 11,7). Lorsqu'il atteint Béthanie, Lazare est mort et enseveli depuis quatre jours (Jean 11,17) — assez longtemps, dans la culture et le climat de la Judée du premier siècle, pour que personne ne doute qu'il soit véritablement mort. Ce détail compte énormément pour la suite du récit.
« Seigneur, si tu avais été ici »
Les deux sœurs, séparément, accueillent Jésus avec la même phrase pleine d'angoisse : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort » (Bible de Jérusalem, Jean 11,21 et 11,32). C'est Marthe qui reçoit l'échange théologique qui suit, lorsque Jésus lui dit : « Je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s'il meurt, vivra » (Jean 11,25). Mais c'est le chagrin de Marie, et celui des personnes venues la consoler, qui produit l'un des versets les plus courts et les plus cités de tout le Nouveau Testament : « Jésus pleura » (Jean 11,35).
Devant le tombeau, Jésus ordonne qu'on enlève la pierre. Marthe s'y oppose pour la raison la plus concrète qui soit : « Seigneur, il sent déjà : c'est le quatrième jour » (Jean 11,39). Jésus la fait tout de même ouvrir, prie à voix haute, puis, d'une voix que Jean décrit simplement comme forte, s'écrie vers le tombeau : « Lazare, viens dehors ! » (Jean 11,43). « Le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandelettes, et son visage était enveloppé d'un suaire » (Jean 11,44).
Une résurrection lourde de conséquences
Jean présente cet événement comme le dernier et le plus grand des signes que Jésus accomplit avant sa propre mort — et le texte est explicite sur ses conséquences politiques immédiates et bien réelles. Beaucoup de ceux qui l'avaient vu crurent en Jésus, mais d'autres le rapportèrent aux autorités religieuses, qui réunirent le Sanhédrin précisément à cause de cet épisode, inquiètes que « tous croiront en lui, et les Romains viendront et ils supprimeront notre Lieu saint et notre nation » (Jean 11,48). C'est lors de ce même conseil que le grand prêtre Caïphe prononce sa fameuse déclaration selon laquelle il valait mieux qu'un seul homme meure pour le peuple — une parole que Jean présente comme une prophétie involontaire de la propre crucifixion de Jésus. En un sens réel, la résurrection de Lazare est l'événement qui met en mouvement la mort de Jésus lui-même.
Pas le mendiant de la parabole
Une confusion mérite d'être dissipée directement : ce Lazare, l'ami historique de Jésus originaire de Béthanie, est une figure totalement différente du Lazare qui apparaît dans l'une des paraboles de Jésus, racontée plus tôt dans l'évangile de Luc. Dans ce récit, un pauvre mendiant couvert d'ulcères, nommé Lazare, gît à la porte d'un riche qui l'ignore ; après la mort des deux hommes, le mendiant est « emporté par les anges dans le sein d'Abraham », tandis que le riche souffre le tourment et supplie, en vain, qu'on envoie Lazare avertir ses frères encore vivants (Bible de Jérusalem, Luc 16,22-31). C'est une parabole — un récit d'enseignement, non un compte rendu historique — et son Lazare ne revient jamais d'entre les morts ; c'est précisément cette demande d'un signe de résurrection que le riche se voit refuser. Les deux figures ne partagent rien d'autre qu'un nom, même si des siècles d'art et de mémoire populaire les ont parfois confondues.
Une vie discrète, après coup
L'Écriture ne dit rien de précis sur ce qu'il advint de Lazare une fois passé le choc de son retour, sinon que des foules venaient spécialement voir l'homme ressuscité d'entre les morts, et que cela suffit à faire naître, chez certains chefs religieux, le désir de le tuer une seconde fois (Jean 12,9-11). La tradition chrétienne postérieure a rempli ce silence de légendes : l'une, particulièrement forte dans les Églises orientales, veut que Lazare soit devenu évêque de Kition à Chypre ; une autre, plus répandue dans la France médiévale, veut qu'il ait navigué avec ses sœurs jusqu'à Marseille et y soit devenu évêque. Ni l'une ni l'autre ne peut être vérifiée historiquement, et toutes deux doivent être lues comme une tradition pieuse venue se superposer à une figure que l'Écriture, par ailleurs, laisse tranquille après sa seule et unique apparition extraordinaire. Ce que l'Évangile laisse derrière lui suffit en soi : un homme appelé par son nom hors d'un tombeau scellé depuis quatre jours, et une famille de Béthanie que Jésus, au témoignage même de Jean, aimait tout simplement.






