Sainte Rafqa du Liban
Une enfance marquée par un deuil précoce
Rafqa naquit Boutrossieh Choboq Ar-Rayes le 29 juin 1832, dans le village de montagne de Himlaya, au Liban, au sein d'une famille catholique maronite. Sa mère mourut alors qu'elle était encore jeune, et son père se remaria plus tard, une transition qui, selon la plupart des récits, laissa Boutrossieh se sentir déplacée dans son propre foyer. Adolescente, elle travailla comme domestique à Damas et à Beyrouth, envoyée par sa famille pour gagner de l'argent et, en partie, pour l'éloigner d'une situation domestique difficile — un début modeste et populaire, tout à fait typique des jeunes filles rurales libanaises du XIXe siècle, sans rien encore qui laisse présager la vie extraordinaire qui l'attendait.
Photographe inconnu, avant 1914 — domaine public.
Entrée en religion
Boutrossieh se sentit attirée par la vie religieuse dès son plus jeune âge, et en 1855, à 23 ans, elle entra dans la Congrégation des Sœurs maronites de la Visitation, prenant le nom religieux de Rafqa — la forme arabe de Rebecca. Elle passa plusieurs années dans cette communauté à enseigner et à servir dans divers rôles conventuels à travers le Liban, se bâtissant, auprès de ses sœurs, une réputation de dévotion discrète et constante plutôt que d'une quelconque expérience spirituelle spectaculaire.
En 1871, la congrégation des Sœurs de la Visitation fut dissoute et fusionnée avec une autre communauté, et Rafqa choisit de rejoindre le tout nouvel Ordre libanais maronite des Sœurs baladites (aussi appelé Ordre maronite de Mariamette) comme l'un de ses membres fondateurs — un vote de confiance significatif envers une toute nouvelle fondation religieuse plutôt qu'une voie plus facile et déjà établie. Elle s'installa finalement au monastère Saint-Joseph de Jrabta, dans les montagnes au-dessus de Beyrouth, où elle passerait le reste de sa vie.
Une prière pour la souffrance, et ce qui s'ensuivit
Vers 1885, selon les récits recueillis pour son procès de canonisation, Rafqa pria spécifiquement pour être autorisée à partager physiquement la Passion du Christ — à porter une part de souffrance corporelle en offrande spirituelle. Peu après, elle fut frappée d'une douleur intense et médicalement inexplicable, centrée sur la tête et les yeux. Un médecin libanais qui tenta de soigner son état l'aurait, dit-on, aggravé plutôt qu'amélioré, et sa vue continua de se détériorer les années suivantes. Vers 1899, Rafqa était devenue complètement aveugle.
La souffrance ne s'arrêta pas là. Les années suivantes, elle développa une paralysie progressive touchant ses membres, accompagnée d'une douleur chronique à laquelle la médecine de son époque n'avait aucune réponse réelle. Elle vécut avec cette combinaison de cécité, de paralysie et de douleur pendant environ trois décennies, en grande partie confinée à sa cellule du monastère de Jrabta, soignée par ses consœurs, jusqu'à sa mort en 1914.
Comment Rafqa comprenait sa propre souffrance
Ce qui distingue l'histoire de Rafqa d'un simple récit de maladie chronique, c'est la constance avec laquelle, selon les témoignages recueillis auprès de ceux qui la connaissaient, elle interpréta son état comme quelque chose qu'elle avait demandé et continuait d'accepter volontiers, plutôt que comme une affliction simplement endurée. Cela reflète un fil ancien de la spiritualité catholique — parfois appelé souffrance rédemptrice ou « offerte » — qui s'appuie sur le langage du Nouveau Testament, tel que la déclaration de saint Paul dans sa Lettre aux Colossiens (1,24) selon laquelle il se réjouissait dans ses souffrances et « achevait en sa chair ce qui manque aux épreuves du Christ » pour le bien de l'Église. Il faut être clair : il s'agit d'un cadre dévotionnel et théologique pour donner sens à une souffrance inévitable, non d'un enseignement catholique selon lequel Dieu infligerait la maladie comme une transaction directe en réponse à une prière ; le témoignage propre de Rafqa est présenté par l'Église comme un exemple d'acceptation et de paix extraordinaires face à une souffrance qu'elle n'a pas choisi de faire cesser, et non comme la preuve d'un quelconque rapport mécanique de cause à effet.
Canonisation et dévotion persistante
Rafqa mourut le 23 mars 1914, au monastère de Jrabta. Elle fut béatifiée en 1985 par le pape Jean-Paul II et canonisée par le même pape le 10 juin 2001. Elle demeure l'une des saintes catholiques maronites les plus connues et les plus visitées, sa tombe au monastère Saint-Joseph de Jrabta continuant d'attirer des pèlerins du Liban et d'ailleurs, beaucoup recherchant spécifiquement son intercession pour des affections oculaires et d'autres maux physiques, compte tenu de ses propres décennies de cécité.
Fête et héritage
La fête de sainte Rafqa est célébrée le 23 mars dans le calendrier liturgique de l'Église maronite. Elle demeure aujourd'hui l'une des relativement rares saintes canonisées des Églises catholiques orientales à avoir gagné une large reconnaissance dans l'Église occidentale également, et sa vie continue d'être présentée au sein de la spiritualité maronite libanaise comme un modèle d'endurance durant une période, la fin du XIXe et le début du XXe siècle, elle-même marquée par de graves épreuves pour les communautés chrétiennes du Liban.
Pour aller plus loin
Les lecteurs attirés par le témoignage de souffrance acceptée de Rafqa pourront aussi lire l'histoire de sainte Gemma Galgani, une mystique italienne quasi contemporaine qui comprit elle aussi sa souffrance physique en termes explicitement rédempteurs, ou celle de sainte Élisabeth de la Trinité, une autre religieuse de la fin du XIXe siècle dont la courte vie fut marquée par une grave maladie qu'elle interpréta à travers un prisme tout aussi centré sur le Christ.






