Sainte Rafqa du Liban

En 1885, une religieuse libanaise nommée Rafqa demanda à Dieu, dans la prière, de partager physiquement la souffrance du Christ. Moins d'un an plus tard, elle fut frappée d'une douleur violente et indiagnosticable à la tête et aux yeux, que les médecins ne purent soigner, et en quelques années à peine, elle devint complètement aveugle, puis paralysée. Elle vécut ainsi près de trente ans, dans un petit monastère de montagne au Liban, sans jamais demander à être guérie. Rafqa Choboq Ar-Rayes, canonisée en 2001, est l'une des saintes modernes les plus singulières de l'Église catholique maronite.

Une enfance marquée par un deuil précoce

Rafqa naquit Boutrossieh Choboq Ar-Rayes le 29 juin 1832, dans le village de montagne de Himlaya, au Liban, au sein d'une famille catholique maronite. Sa mère mourut alors qu'elle était encore jeune, et son père se remaria plus tard, une transition qui, selon la plupart des récits, laissa Boutrossieh se sentir déplacée dans son propre foyer. Adolescente, elle travailla comme domestique à Damas et à Beyrouth, envoyée par sa famille pour gagner de l'argent et, en partie, pour l'éloigner d'une situation domestique difficile — un début modeste et populaire, tout à fait typique des jeunes filles rurales libanaises du XIXe siècle, sans rien encore qui laisse présager la vie extraordinaire qui l'attendait.

Une photographie d'époque en noir et blanc d'une religieuse maronite âgée en habit sombre et voile, assise, mains jointes.

Photographe inconnu, avant 1914 — domaine public.

Entrée en religion

Boutrossieh se sentit attirée par la vie religieuse dès son plus jeune âge, et en 1855, à 23 ans, elle entra dans la Congrégation des Sœurs maronites de la Visitation, prenant le nom religieux de Rafqa — la forme arabe de Rebecca. Elle passa plusieurs années dans cette communauté à enseigner et à servir dans divers rôles conventuels à travers le Liban, se bâtissant, auprès de ses sœurs, une réputation de dévotion discrète et constante plutôt que d'une quelconque expérience spirituelle spectaculaire.

En 1871, la congrégation des Sœurs de la Visitation fut dissoute et fusionnée avec une autre communauté, et Rafqa choisit de rejoindre le tout nouvel Ordre libanais maronite des Sœurs baladites (aussi appelé Ordre maronite de Mariamette) comme l'un de ses membres fondateurs — un vote de confiance significatif envers une toute nouvelle fondation religieuse plutôt qu'une voie plus facile et déjà établie. Elle s'installa finalement au monastère Saint-Joseph de Jrabta, dans les montagnes au-dessus de Beyrouth, où elle passerait le reste de sa vie.

Une prière pour la souffrance, et ce qui s'ensuivit

Vers 1885, selon les récits recueillis pour son procès de canonisation, Rafqa pria spécifiquement pour être autorisée à partager physiquement la Passion du Christ — à porter une part de souffrance corporelle en offrande spirituelle. Peu après, elle fut frappée d'une douleur intense et médicalement inexplicable, centrée sur la tête et les yeux. Un médecin libanais qui tenta de soigner son état l'aurait, dit-on, aggravé plutôt qu'amélioré, et sa vue continua de se détériorer les années suivantes. Vers 1899, Rafqa était devenue complètement aveugle.

La souffrance ne s'arrêta pas là. Les années suivantes, elle développa une paralysie progressive touchant ses membres, accompagnée d'une douleur chronique à laquelle la médecine de son époque n'avait aucune réponse réelle. Elle vécut avec cette combinaison de cécité, de paralysie et de douleur pendant environ trois décennies, en grande partie confinée à sa cellule du monastère de Jrabta, soignée par ses consœurs, jusqu'à sa mort en 1914.

Comment Rafqa comprenait sa propre souffrance

Ce qui distingue l'histoire de Rafqa d'un simple récit de maladie chronique, c'est la constance avec laquelle, selon les témoignages recueillis auprès de ceux qui la connaissaient, elle interpréta son état comme quelque chose qu'elle avait demandé et continuait d'accepter volontiers, plutôt que comme une affliction simplement endurée. Cela reflète un fil ancien de la spiritualité catholique — parfois appelé souffrance rédemptrice ou « offerte » — qui s'appuie sur le langage du Nouveau Testament, tel que la déclaration de saint Paul dans sa Lettre aux Colossiens (1,24) selon laquelle il se réjouissait dans ses souffrances et « achevait en sa chair ce qui manque aux épreuves du Christ » pour le bien de l'Église. Il faut être clair : il s'agit d'un cadre dévotionnel et théologique pour donner sens à une souffrance inévitable, non d'un enseignement catholique selon lequel Dieu infligerait la maladie comme une transaction directe en réponse à une prière ; le témoignage propre de Rafqa est présenté par l'Église comme un exemple d'acceptation et de paix extraordinaires face à une souffrance qu'elle n'a pas choisi de faire cesser, et non comme la preuve d'un quelconque rapport mécanique de cause à effet.

Canonisation et dévotion persistante

Rafqa mourut le 23 mars 1914, au monastère de Jrabta. Elle fut béatifiée en 1985 par le pape Jean-Paul II et canonisée par le même pape le 10 juin 2001. Elle demeure l'une des saintes catholiques maronites les plus connues et les plus visitées, sa tombe au monastère Saint-Joseph de Jrabta continuant d'attirer des pèlerins du Liban et d'ailleurs, beaucoup recherchant spécifiquement son intercession pour des affections oculaires et d'autres maux physiques, compte tenu de ses propres décennies de cécité.

Fête et héritage

La fête de sainte Rafqa est célébrée le 23 mars dans le calendrier liturgique de l'Église maronite. Elle demeure aujourd'hui l'une des relativement rares saintes canonisées des Églises catholiques orientales à avoir gagné une large reconnaissance dans l'Église occidentale également, et sa vie continue d'être présentée au sein de la spiritualité maronite libanaise comme un modèle d'endurance durant une période, la fin du XIXe et le début du XXe siècle, elle-même marquée par de graves épreuves pour les communautés chrétiennes du Liban.

Pour aller plus loin

Les lecteurs attirés par le témoignage de souffrance acceptée de Rafqa pourront aussi lire l'histoire de sainte Gemma Galgani, une mystique italienne quasi contemporaine qui comprit elle aussi sa souffrance physique en termes explicitement rédempteurs, ou celle de sainte Élisabeth de la Trinité, une autre religieuse de la fin du XIXe siècle dont la courte vie fut marquée par une grave maladie qu'elle interpréta à travers un prisme tout aussi centré sur le Christ.

Trivia

Qui était sainte Rafqa ?
Sainte Rafqa, née Boutrossieh Choboq Ar-Rayes en 1832 à Himlaya, au Liban, était une religieuse de l'Église catholique maronite qui, après avoir prié pour partager la souffrance du Christ, endura des décennies de cécité, de paralysie et de douleur chronique que les médecins de son époque ne purent ni traiter ni expliquer, et qu'elle accepta comme une forme de souffrance rédemptrice. Le pape Jean-Paul II la canonisa en 2001.
À quel ordre appartenait sainte Rafqa ?
Elle entra d'abord dans la Congrégation des Sœurs maronites de la Visitation, puis, lorsque cette communauté fusionna avec une autre, devint l'un des membres fondateurs de l'Ordre libanais maronite des Sœurs baladites (aussi appelé Ordre maronite de Mariamette), où elle passa le reste de sa vie, en grande partie au monastère Saint-Joseph de Jrabta.
Qu'est-il arrivé à la vue de sainte Rafqa ?
Vers 1885, après avoir, dit-on, prié pour partager physiquement la Passion du Christ, Rafqa développa une douleur intense et médicalement inexplicable à la tête et aux yeux ; un médecin libanais qui tenta de la soigner aurait aggravé son état au lieu de le soulager, et sa vue continua de décliner les années suivantes. Vers 1899, Rafqa était devenue complètement aveugle.
Comment l'Église comprend-elle théologiquement la souffrance de Rafqa ?
La tradition catholique de la souffrance rédemptrice ou « offerte » — unir sa propre douleur à la Passion du Christ pour le bien d'autrui, en s'appuyant sur des passages du Nouveau Testament tels que Colossiens 1,24 sur « achever ce qui manque aux épreuves du Christ » — est le prisme à travers lequel la vie de Rafqa est présentée ; il s'agit d'un cadre dévotionnel et théologique pour donner sens à la souffrance, non d'une affirmation selon laquelle Dieu causerait directement la maladie en récompense d'une prière, et il faut le comprendre ainsi.
Quand fête-t-on sainte Rafqa ?
Sa fête est célébrée le 23 mars dans le calendrier liturgique de l'Église maronite, et elle est aussi commémorée plus largement le 23 juillet dans certains calendriers occidentaux.
✦   Link copied

Find us

Explore the full collection and bring sacred art into your home.