Tobit et l'ange Raphaël

Tobit était aveugle, ruiné, et si convaincu que sa vie se terminait mal qu'il priait pour la mort. Son fils Tobie avait besoin d'un compagnon de voyage pour un trajet dangereux afin de recouvrer une vieille dette, et engagea le premier inconnu à l'air compétent qu'il trouva sur le marché. Cet inconnu se révéla être l'archange Raphaël, envoyé par Dieu pour réparer tout ce que la prière de Tobit n'avait jamais osé demander directement.

Un homme brisé par sa propre droiture

Les malheurs de Tobit commencèrent, ironiquement, par sa propre fidélité. Vivant en exil à Ninive, il avait pour habitude d'ensevelir secrètement les Israélites exécutés par le roi — un acte de miséricorde qui était aussi un crime capital sous le régime en place. Il perdit ses biens en fuyant ce danger, et plus tard, se reposant dans sa cour, des fientes de moineaux tombèrent dans ses yeux pendant son sommeil, le laissant définitivement aveugle (Tobit 2,10). Pauvre, aveugle, et dépendant des maigres gains de son épouse, Tobit atteignit un tel désespoir qu'il pria simplement Dieu de le laisser mourir, « car la mort vaut mieux pour moi que la vie » (3,6).

L'archange Raphaël guidant le jeune Tobie dans son voyage

Pietro Perugino, Tobie et l'ange Raphaël, v. 1500-1505 — domaine public.

Au même moment, dans une autre ville, une jeune femme nommée Sara subissait son propre malheur — un démon nommé Asmodée avait tué chacun de ses sept maris la nuit de leurs noces avant que le mariage ne puisse être consommé, et elle aussi avait prié pour la mort. L'Écriture rend clair que les deux prières atteignent le ciel au même instant, et Dieu envoie la même réponse aux deux foyers : l'archange Raphaël.

Un inconnu engagé pour un voyage

Tobit, se souvenant d'une somme qu'il avait autrefois laissée à un parent nommé Gabaël en Médie, envoya son fils Tobie la récupérer — un voyage exigeant un guide compétent et digne de confiance. Tobie se rendit sur le marché et « trouva Raphaël, l'ange, debout face à lui, sans se douter que c'était un ange de Dieu » (5,4). Quand Tobie lui demanda d'où il venait, Raphaël répondit simplement : « Je suis l'un des Israélites tes frères, je suis venu chercher du travail par là » (5,5), et confirma bien connaître les routes vers la Médie, les ayant parcourues souvent. Tobie l'engagea sur-le-champ, avec la bénédiction de son père, sans jamais soupçonner autre chose qu'un compagnon de voyage compétent.

Ce que Raphaël accomplit en chemin

Le voyage devient le moteur de toute la résolution du livre. Au passage d'une rivière, Raphaël demande à Tobie d'attraper un gros poisson et de garder son cœur, son foie et son fiel — des organes qui se révéleront essentiels plus tard. Arrivé en Médie, Raphaël arrange le mariage de Tobie avec Sara, lui demandant de brûler le cœur et le foie du poisson la nuit de leurs noces, dont la fumée chasse définitivement le démon Asmodée. Raphaël se rend aussi personnellement en avance pour sécuriser l'argent auprès de Gabaël, achevant le but initial du voyage.

La guérison des yeux de Tobit

De retour chez lui avec sa nouvelle épouse et l'argent recouvré, Tobie suit la dernière instruction de Raphaël et oint les yeux aveugles de son père avec le fiel du poisson. L'effet est immédiat : « il [lui] ôta une petite peau du coin des yeux » et « son père tomba à son cou » (11,12-13). L'homme qui avait prié pour mourir retrouve la vue, le mariage de son fils, et la fortune de sa famille, tous restaurés en l'espace d'un seul voyage qu'il n'a jamais lui-même entrepris.

L'ange se révèle

Quand Tobit et Tobie tentent de payer leur guide la moitié de tout ce qu'ils avaient rapporté, Raphaël refuse et révèle plutôt ce qu'il est vraiment : il avait été envoyé pour les mettre à l'épreuve, et « Dieu m'envoya en même temps pour te guérir, ainsi que ta belle-fille Sarra... Je suis Raphaël, un des sept Anges qui se tiennent toujours prêts à pénétrer auprès de la Gloire du Seigneur » (12,14-15). Il leur demande de louer Dieu plutôt que lui, puis disparaît de leur vue.

Un petit détail facile à manquer : le chien

Parmi les nombreuses touches de réalisme du livre, l'une a longtemps retenu l'attention des lecteurs et des artistes : Tobie ne voyage pas seul avec Raphaël. L'Écriture note presque en passant que « le chien du jeune homme les accompagnait, ayant suivi Tobie » lorsqu'ils quittèrent la maison de Tobit (Tobit 6,2), et l'animal réapparaît tout à la fin du voyage, courant en avant pour annoncer leur retour avant même que Tobie lui-même n'arrive. C'est l'un des très rares compagnons animaux nommés ou notés dans toute l'Écriture à recevoir ce genre de présence continue et presque domestique, et l'art chrétien ultérieur inclut fréquemment le chien trottant aux côtés de Tobie et de Raphaël dans les représentations du voyage, un petit détail humain et familier au sein d'une histoire par ailleurs faite d'anges, de démons et de guérison.

L'aumône comme thème plus profond du livre

Sous la surface du récit d'aventure, le livre de Tobit est structuré comme un long enseignement sur l'aumône et la miséricorde. Avant la cécité de Tobit, le livre s'ouvre en établissant son habitude de toujours donner généreusement aux pauvres et d'ensevelir les morts au péril de sa vie ; vers la fin du récit, l'instruction que Tobit, mourant, donne à son fils revient explicitement au même thème : « Fais l'aumône de tes biens... Ne détourne ton visage d'aucun pauvre » (Tobit 4,7). Raphaël lui-même, une fois son identité révélée, dit clairement à Tobit et à Tobie que « les bonnes œuvres accomplies avec charité » furent précisément les actes qui portèrent leurs prières jusqu'à Dieu, faisant de tout le récit de délivrance moins l'histoire d'une rencontre chanceuse avec un ange qu'une démonstration de ce que le livre lui-même comprend comme le lien entre la miséricorde accordée à autrui et la miséricorde finalement reçue.

Lecture catholique : la providence agissant par des moyens ordinaires

Tobit appartient aux livres deutérocanoniques du canon catholique, et son histoire est traitée comme une riche méditation sur la providence divine agissant discrètement à travers des circonstances entièrement ordinaires — un guide de voyage engagé, un poisson attrapé au bord d'une rivière, un jeune homme faisant simplement ce que son père lui avait demandé. Rien dans le voyage ne paraît miraculeux pendant qu'il se déroule ; ce n'est qu'a posteriori, une fois l'identité de Raphaël révélée, que tout le voyage se résout en un acte unique et coordonné de miséricorde répondant à deux prières désespérées, offertes indépendamment et, autant que chacun le sache, sans réponse.

Le nom de Raphaël, signifiant « Dieu guérit », et sa place traditionnelle parmi les archanges reconnus par la tradition catholique (aux côtés de Michel et Gabriel) ont fait de Tobit une référence pour la réflexion sur la conduite angélique — non des anges intervenant de manière spectaculaire et visiblement surnaturelle, mais des compagnons marchant aux côtés de l'effort humain ordinaire, souvent non reconnus jusqu'à ce que le travail soit déjà accompli.

Pour aller plus loin : voir Judith et Holopherne pour un autre livre deutérocanonique centré sur le courage et la délivrance divine, et Élie et la veuve de Sarepta pour une autre histoire de provision arrivant par un invité inattendu.

Trivia

Pourquoi Tobit était-il aveugle et désespéré ?
Tobit, un Israélite exilé à Ninive connu pour sa dévotion à ensevelir les morts malgré les décrets royaux l'interdisant, fut accidentellement rendu aveugle par des fientes d'oiseaux tombées dans ses yeux pendant qu'il dormait dans sa cour (Tobit 2,9-10). Appauvri et aveugle, il finit par prier pour la mort, croyant sa souffrance sans but.
Qui le fils de Tobit, Tobie, engagea-t-il comme compagnon de voyage ?
Devant se rendre en Médie pour récupérer une somme due à son père, Tobie chercha un guide et trouva un jeune homme qui se présenta simplement comme « l'un des Israélites [ses] frères » connaissant bien les routes (Tobit 5,4-6) — sans révéler qu'il était en réalité l'archange Raphaël.
Qu'a aidé Raphaël à accomplir pendant le voyage ?
Raphaël guida Tobie en sécurité jusqu'en Médie, l'aida à attraper un poisson dont les organes possédaient des propriétés curatives, arrangea son mariage avec Sara (la libérant d'un démon qui avait tué ses sept précédents maris la nuit de leurs noces), et l'aida à recouvrer la dette auprès de Gabaël.
Comment la cécité de Tobit fut-elle guérie ?
Suivant les instructions de Raphaël, Tobie employa le fiel du poisson qu'ils avaient attrapé pour oindre les yeux de son père. La taie se détacha aussitôt des yeux de Tobit, qui « tomba à son cou ».
Quand Raphaël révéla-t-il qui il était vraiment ?
Après que Tobit et Tobie eurent tenté de le payer pour ses services, Raphaël révéla sa véritable identité : « Je suis Raphaël, un des sept Anges qui se tiennent toujours prêts à pénétrer auprès de la Gloire du Seigneur » (Tobit 12,15), expliquant qu'il avait été envoyé pour les mettre à l'épreuve et apporter la guérison à Tobit et à Sara.
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