Sainte Jeanne Jugan
Une vie de servante en Bretagne
Jeanne Jugan naquit en 1792 à Cancale, une ville de pêcheurs sur la côte bretonne de France, dans une famille pauvre devenue plus pauvre encore après que son père se soit perdu en mer alors qu'elle avait quatre ans. Elle grandit dans un travail domestique et agricole pénible, et jeune femme travailla pendant des années comme domestique puis comme aide-soignante dans la ville portuaire voisine de Saint-Servan, acquérant une expérience directe et soutenue précisément du genre de travail de soin physiquement exigeant et peu valorisé qui allait définir le reste de sa vie. Elle ne se maria jamais, ayant, dit-on, refusé au moins une demande sérieuse dans sa jeunesse, et vers la cinquantaine travaillait comme dame de compagnie et aide-soignante auprès d'une femme âgée tout en complétant son modeste revenu en filant la laine.
Portrait de Jeanne Jugan, 1885, Wikimedia Commons — domaine public.
Rien dans la situation de Jeanne en 1839 — ni richesse, ni formation religieuse, ni soutien institutionnel — ne laissait présager qu'elle était sur le point de fonder quoi que ce soit. Elle était simplement une pauvre domestique vieillissante faisant ce que faisaient les pauvres domestiques vieillissantes pour survivre.
Un lit donné dans l'hiver 1839
Cet hiver-là, Jeanne rencontra Anne Chauvin, une veuve aveugle et paralysée, sans famille capable ou désireuse de s'occuper d'elle et sans endroit où vivre. La réponse de Jeanne fut immédiate et, à sa façon discrète, totale : elle porta la femme plus âgée jusqu'à sa propre chambre, la mit dans son propre lit, et s'installa elle-même dans l'espace non chauffé des combles au-dessus. Ce n'était pas un premier pas calculé vers la fondation d'un ordre religieux — de tous les récits, Jeanne vit simplement une femme âgée sans où aller et lui donna la seule chose qu'elle avait à offrir, son propre lit.
La nouvelle de cet acte se répandit dans les quartiers pauvres et ouvriers de Saint-Servan, et en peu de temps davantage de personnes âgées dans un besoin similaire furent amenées à la porte de Jeanne. Elle commença à accueillir plus de résidents que son petit espace de vie ne pouvait raisonnablement en contenir, mendiant de porte en porte dans la ville pour couvrir le coût croissant de la nourriture et des soins — une pratique de sollicitation active et directe pour les pauvres qui resterait centrale à l'identité de la communauté pour le reste de son histoire. Une poignée d'autres femmes, touchées par ce qu'elles voyaient, commencèrent à la rejoindre dans ce travail, et vers le milieu des années 1840 une communauté véritable, quoique encore informelle, avait pris forme autour de cet acte originel d'hospitalité partagée.
Croissance, et une fondatrice écartée
La communauté que Jeanne avait involontairement lancée grandit avec une rapidité réelle durant les années 1840 et 1850, ouvrant d'autres maisons pour les personnes âgées pauvres dans d'autres villes françaises et finalement au-delà des frontières de la France, se formalisant progressivement en ce qui deviendrait connu sous le nom de Petites Sœurs des Pauvres. Alors que la congrégation cherchait le genre de reconnaissance ecclésiastique formelle dont elle avait besoin pour se développer et assurer son avenir, un prêtre nommé Auguste Le Pailleur, devenu étroitement impliqué dans la direction de son développement formel, s'employa — délibérément et sur plusieurs années — à se faire créditer publiquement comme le fondateur de la communauté, écartant Jeanne de la direction et finalement de la plupart des associations publiques avec le travail qu'elle avait réellement commencé.
Jeanne accepta cette relégation sans objection publique, passant ses dernières décennies au sein de sa propre congrégation dans une position d'obscurité tranquille, largement inconnue même de beaucoup des membres plus récents de la communauté comme la femme dont le seul geste de charité envers Anne Chauvin avait tout commencé. C'est un épisode saisissant et véritablement inhabituel dans l'histoire d'une fondatrice religieuse — proche, dans sa dynamique d'effacement de soi discret face aux jeux de pouvoir institutionnels, du type d'humilité associée plus tard à des figures comme André Bessette, une autre figure laïque humble dont la reconnaissance au sein de sa propre communauté ne vint que progressivement et longtemps après que son œuvre la plus importante était déjà accomplie.
Une mort, et une vérité rétablie plus tard
Jeanne Jugan mourut à la maison-mère de la communauté à La Tour Saint-Joseph, en France, le 30 août 1879, ayant passé ses dernières années dans un rôle si diminué que les histoires officielles de sa propre congrégation, pendant un temps, la mentionnaient à peine par son nom comme fondatrice. Ce n'est que dans les décennies suivant sa mort, par des enquêtes historiques menées plus tard par l'Église et par sa propre congrégation, que le récit complet de ce qui s'était passé — les manœuvres de Le Pailleur, et le véritable rôle fondateur de Jeanne — fut minutieusement reconstitué et publiquement rétabli.
Le pape Benoît XVI canonisa Jeanne Jugan le 11 octobre 2009, reconnaissant formellement à la fois sa charité extraordinaire et, implicitement, l'endurance tranquille avec laquelle elle avait accepté des décennies durant qu'on lui refuse ce mérite. Sa fête est célébrée le 30 août. Les Petites Sœurs des Pauvres qu'elle a lancées avec un lit partagé en 1839 continuent aujourd'hui dans des dizaines de pays, prenant soin des personnes âgées pauvres selon le même principe de base qui animait le geste originel de Jeanne : donner ce que l'on a à qui en a le plus besoin.






