Sainte Julie Billiart, fondatrice de Notre-Dame de Namur
Une paysanne foudroyée par la paralysie
Julie Billiart naît en 1751 à Cuvilly, village agricole de Picardie, dans le nord de la France, fille d'un petit commerçant et cultivateur. Dès l'enfance, tout indique une piété et une intelligence peu communes — elle aurait enseigné le catéchisme aux autres enfants du village dès l'âge de sept ans environ, et sa réputation locale, tant pour sa vivacité d'esprit que pour sa dévotion, était déjà bien établie avant que ne survienne l'épreuve qui allait bouleverser sa vie.
Artiste inconnu, portrait de sainte Julie Billiart, vers 1830 — domaine public (Wikimedia Commons)
L'événement fondateur se produit vers ses trente ans. Selon son propre témoignage et celui de ses proches, elle assiste, impuissante, à la tentative d'assassinat de son père par un inconnu tirant à travers une fenêtre de la maison familiale — il survit, mais le choc déclenche chez Julie une paralysie progressive que les médecins de l'époque, limités par la compréhension encore rudimentaire des affections nerveuses au XVIIIe siècle, ne parviennent ni à expliquer ni à soigner. Les vingt-deux années suivantes, elle reste presque constamment alitée, incapable de marcher sans grande difficulté, traversant ainsi les dernières décennies de l'Ancien Régime puis tout le bouleversement de la Révolution française — une période où pratiquer sa foi catholique exposait à de réels dangers, et où Julie, alitée et vulnérable, aurait néanmoins caché des prêtres en fuite chez elle et organisé depuis sa chambre de malade un enseignement religieux clandestin pour les enfants, geste qui faisait courir un risque légal bien réel à tous les intéressés.
Vingt-deux ans, puis une neuvaine
Vers 1804, Julie se trouve sous la direction spirituelle du père Jean-Baptiste Enfantin qui, avec une laïque appelée à devenir sa cofondatrice, Françoise Blin de Bourdon, l'encourage à faire une neuvaine de prière au Sacré-Cœur de Jésus spécifiquement pour sa guérison. Le neuvième jour de cette neuvaine, Julie se retrouve capable de se tenir debout et de marcher sans aide, pour la première fois depuis plus de vingt ans.
L'Église n'a jamais traité ce type de récit à la légère — les guérisons associées à la prière sont examinées avec soin, lorsqu'elles surgissent au cours d'un procès de canonisation, à la lumière des témoignages médicaux disponibles pour l'époque, et le cas de Julie fut documenté par des personnes qui connaissaient intimement son état depuis des années, non par des témoins découvrant l'affaire après coup. Quelle qu'en soit l'explication médicale précise, l'effet de cette guérison sur le cours de sa vie fut immédiat et total : en quelques mois, elle fonde formellement, avec Françoise Blin de Bourdon, une nouvelle congrégation religieuse, et Julie, approchant alors la cinquantaine après plus de vingt ans d'invalidité, entame la période la plus physiquement exigeante de toute son existence.
Fonder des écoles à travers un pays dévasté
La Congrégation des Sœurs de Notre-Dame de Namur, fondée à Amiens en 1804, se donne pour but premier l'éducation des enfants pauvres, en particulier des filles, à un moment où le réseau des écoles catholiques françaises, largement démantelé par la Révolution, n'a pas encore été reconstruit. Julie se lance dans la création de maisons et d'écoles à travers le nord de la France, puis la Belgique, voyageant sans relâche dans des conditions qui auraient été éprouvantes pour quiconque, à plus forte raison pour une femme approchant la cinquantaine et sortant à peine de vingt-deux années d'immobilité.
Son parcours de fondatrice ne fut pas sans heurts, même après sa guérison. Un grave différend interne surgit au sein de la jeune congrégation sur des questions de gouvernance et d'orientation, compliqué par un conflit avec l'évêque local d'Amiens, et Julie se trouve à un moment écartée de la direction effective de l'institut qu'elle avait elle-même fondé — épisode douloureux qu'elle accepte, selon les témoignages, sans amertume publique, poursuivant discrètement son travail jusqu'à ce que le différend se résolve et que sa direction soit rétablie. La congrégation transfère finalement son siège à Namur, dans l'actuelle Belgique, où se trouve encore aujourd'hui la maison mère des Sœurs de Notre-Dame de Namur.
Une vie mesurée à l'aune de sa seconde moitié
Julie Billiart meurt à Namur en 1816, après avoir consacré les douze années suivant sa guérison à fonder, selon la plupart des sources, une quinzaine de communautés religieuses et d'écoles à travers la France et la Belgique — un rythme de fondation qui serait déjà exigeant pour une personne bien portante disposant des moyens de transport de l'époque, à plus forte raison pour quelqu'un tout juste rétabli de plus de vingt ans de paralysie. Le pape Paul VI la canonise en 1969, et sa congrégation s'est depuis développée en un institut enseignant international, toujours actif sur plusieurs continents, y compris aux États-Unis, où la Trinity Washington University fait remonter sa fondation à des sœurs de sa congrégation.
Son histoire est souvent racontée, à juste titre, autour du drame de la guérison elle-même. Ce qui mérite une attention tout aussi grande, c'est ce qu'elle fit immédiatement après : plutôt que de traiter son rétablissement comme une occasion de paisible gratitude, elle en fit le point de départ de douze années parmi les plus exigeantes de sa vie sur le plan institutionnel, comme si les vingt-deux années perdues demeuraient, à ses propres yeux, une dette à rembourser activement plutôt qu'un simple motif de deuil.






